Partageant la maison avec eux, des œuvres d’ « art primitif », glanées autour du monde, des peintures empreintes de spiritualité, des sculptures fortes et présentes. Ces œuvres sont réalisées de l’autre côté de la cour, dans l’ancienne fabrique transformée en atelier. Parce que la sculpture d’Axel Cassel touche à la terre, nous tenterons d’approcher l’œuvre de cet homme dont le regard ne cille pas, comme voulant aller au plus profond de son interlocuteur.


Naissance d’un sculpteur

Il est né en Allemagne en 1955. Très vite, il vient en France. Le droit l’ennuie. Il préfère les Beaux-arts et découvre l’atelier du graveur Bertrand Dorny. Un jour, un ami lui donne un pain de terre, il se met à modeler, prend des cours. Le désir de sculpture entre en lui, en même temps qu’une admiration intense pour Brancusi. Il fréquente assidûment le musée de l’Homme et la soif de découvrir le monde le prend, tenace, qui le mènera de la Nouvelle-Guinée à Java, de Bali au Burkina, du Togo au Bénin, du Népal à l’Inde. Le monde lui apprend les hommes et les terres diverses, les végétaux de partout, la force de vie des graphies, la mutation des feuilles, des écorces, des lianes. Sa réflexion sur la puissance de vie née du sol même, sur son évolution, l’entraîne dans une quête du mimétisme existant entre la terre, la nature, le corps. En ces années 1980, rentré à Paris, il se livre à une de ces « Art- actions » à la mode. Dans le quartier des Halles alors en pleine élaboration, il va créer une véritable archéologie fictive. Avec la terre du chantier, mêlée de chanvre et armée de matériaux récupérés sur le lieu même, il modèle des personnages. Ces sculpture éphémère seront laissées sur place, offertes au site même qui les a fait naitre. Sa quête d’une osmose avec le sol, le fait aller jusqu'à projeter son corps dans la terre, se couvrant le visage et les bras du limon de ces excavations : c’est sa façon de chercher à rejoindre le point originel, de faire renaître l’archétype Terre-Mère, de provoquer une renaissance.
Au fil des années, la sculpture d’Axel Cassel ne va cesser d’exprimer ce pouvoir de vie, ce rythme d’apparitions et de disparitions qui est celui même de la nature, cette force qui donne confiance en l’éternité de l’humain.
Les matériaux qu’il utilise restent liés à la nature : si le bois est essentiel dans son œuvre, la terre y revient de façon cyclique, en particulier dans les études préparant une sculpture monumentale Plâtre, terre ou bois, sont travaillés avec un geste enseigné par la gravure. Le volume se dégage par taille directe, laissant émaner de la matière l’emblème d’une invincible force de vie.


La figure humaine

L’œuvre d’Axel Cassel devient une projection autour de la figure humaine. Au fil des années, ce thème se dessine comme un leitmotiv, jamais répété, offrant des expressions sans cesse renouvelées : grandes figures élancées dans une volonté de verticalité, figures accroupies, figures reversées, épaule au sol, jambes étirées vers le ciel, le corps humain se régressant encore, s’affirmant dans cette situation précaire ; figure isolées ou en couple. Figures hiératiques. Figures nues, comme à l’état originel. Figures sans yeux, et regardant pourtant intensément a travers la fente de leur paupière. Êtres d’intériorité, immobiles et concentrés, entourés de l’agitation et du vertige du monde. Figures témoignant seulement de leur présence, de leur existence, de leur qualité d’humains.
Tout au long de l’œuvre cette forme humaine semble osciller entre figuratif et abstraction. Elle peut apparaître réaliste, avec toute la force de présence d’une silhouette ou de ces petites têtes se dégageant de la matière. Elle peut aller jusqu’au narratif, ainsi dans les installations sous de grandes vitrines réalisées vers 1995 : Axel Cassel y utilise occasionnellement le verre, rencontré à travers d’ancien instruments de chimie qui lui font suggérer le vent, le souffle, essentiel et fragile symbole de vie, conduit par la détermination d’une petite figure dressée.
La forme humaine peut aussi bien être schématisée à l’extrême, exprimée de façon abstraite réduite a un essentiel épuré qui fait parfois gommer toute trace d’outil, divisé selon un rythme ternaire, en trois parties, symbolisant le buste, le tronc, les jambes. Elle peut aussi être animée d’une succession de plénitudes ou de strangulations, comme la colonne vertébrale, ou suggérer l’attache fragile de la feuille à la branche, l’œuvre d’Axel Cassel restant intimement en osmose avec la nature.
Les travaux les plus récents évoquent la forme de trois toupies superposées. Est-ce suggérer la folie du tournoiement du monde ? Leur largeur est démesurée, par rapport à la tête minuscule qui émerge, fragile et dressée au sommet de cette architecture. Ces sculptures nouvelles, réalisées en argile, ont amené l’artiste à approfondir ses relations avec la terre.




Born in Germany in 1955, Axel Cassel was brought up in France where he abandoned law studies after discovering art school. Seduced by the delights of working in three dimensions after modeling with clay, and deeply impressed by the art Brancusi, Axel decided to become a sculptor himself.
His studies led him often to the Musée de l'Homme in Paris where he developed a thirst to discover the world at first hand : thirst he would later quench in travelling from New Guinea to Java, from Bali to Brukina-Faso, from Togo to Benin, and from India to Nepal. From these journeys he would retain an enduring vision of theprecarious nature of man's existence in the face of natural forces, of life's physical and and metaphysical rootedness in the fecund soil, and an image of the earth as an inexhaustible source of nourishment and regeneration.
In the 80's, the artist worked on expressing these concepts though "happenings" where he built figures from the fresh-dug earth and then left them in situ to weather and degrade.
As the demand for ephemeral art waned Axel concentrated his energies on working around the human figure, exploring hieratic attitudes ans improbable postures.
His work hiss portrayal of man seems to oscillate between figuration and abstraction.


Marielle Ernould-Gandouet, in revue de la céramique N° 119